Settimana internazionale di etnologia religiosa semaine internationale d'ethnologie religieuse internationale woche fur religions-ethnologie 1926r - Praca Zbiorowa
L’examen de la topographie des lieux de réclusion initiatique (masculins et féminins) dans quelques sociétés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale nous avait l’an dernier conduits à mettre en évidence la récurrence du lien qui unit le traitement des différents lieux où étaient amenés à séjourner les néophytes et celui du corps des initié-e-s au cours des différentes étapes de leur transformation. Au fil de ces explorations, un autre champ de questions s’était peu à peu dessiné, à l’exploration duquel les matériaux que nous avions jusqu’alors examinés ne se prêtaient pas vraiment : comment l’identité sociale engendrée par ces rituels aussi minutieux que paradoxaux (entre autres, quant aux modes de coopération rituelle entre les sexes puisque c’était sous cet angle que nous y étions entrés) s’articulait-elle avec les théories locales de la notion de « personne » et de sa mise en acte sociale ? Quel rapport pouvait-on repérer entre les minutieux agencements spatiaux de ces lieux de réclusion ou de passage – que nous pouvions à plus d’un titre, et dans la foulée des travaux de Michel Cartry1, considérer comme des « espaces-corps » –, les interventions sur le corps des initiant-e-s et la réorganisation ou la confortation des différents principes qui définissent leur identité personnelle ? Le fil qui nous a guidés cette année, inspiré par les matériaux jóola que nous avons développés par la suite, était de repérer, au fur et à mesure des étapes de sa maturation, comment étaient pensés et mis en acte la dispersion et les déplacements de certaines composantes de la personne entre divers lieux de l’espace visible ou invisible. De telles questions nous ont amenés à réouvrir quelques-uns des volets de l’imposant dossier relatif à la notion de « personne » en Afrique Noire, en nous éloignant provisoirement du seul champ des rites initiatiques. Depuis l’événement majeur que fut, en 1971, l’organisation du colloque sur la « notion de personne en Afrique Noire »2, plus de trente ans après la remarquable esquisse que Marcel Mauss présentait lui-même comme « un plan de travail »3, elle ne semble plus guère abordée aujourd’hui en tant qu’objet central dans les recherches africanistes (à la différence de l’anthropologie océaniste4). Mais d’innombrables recherches, en développant l’une ou l’autre de ses facettes, qu’il s’agisse de travaux sur la petite enfance, le corps, la maladie ou encore sur les figures actuelles de la sorcellerie ou sur les processus paradoxaux de l’individualisation5, ont considérablement abondé le dossier. Nous avons cette année consacré la première heure des conférences à retracer les orientations dans lesquelles, après les « sommes » de Maurice Leenhardt dans l’aire mélanésienne6, ou de Marcel Griaule et Germaine Dieterlen7 chez les Dogon, s’étaient engagés les chercheurs africanistes dans leurs approches de la notion de personne de plusieurs points de vue : celui des systèmes de pensée dont la notion de personne serait en quelque sorte un « levier » pour comprendre comment d’autres peuples pensent le monde et définissent les rapports de soi à soi ou de soi aux autres, ou encore celui de la mise en acte sociale de cette notion. Nous avons notamment rappelé les approches de Meyer Fortes développées au fil de ses ouvrages consacrés aux Tallensi du nord du Ghana8 : idéalement, pour les Tallensi, le statut de « personne » (personhood), approché par degrés successifs lors de différents événements (sevrage, naissance d’un cadet, mariage, etc.) et d’actions rituelles (initiation), n’est pleinement atteint qu’à partir du moment où l’individu rejoint la communauté des ancêtres. Mais ce que fait un individu de sa vie dépend en dernier ressort du destin (inborn Destiny) fixé pour lui par son « âme » dans son existence pré-terrestre. À l’occasion du travail de l’un de nos doctorants sur un culte rendu à Mami Wata au sud du Bénin et de la manière dont son officiant mobilisait la notion de « chance », nous avons réexaminé quelques textes consacrés à cette notion de « choix prénatal » chez les Samo9, les Gourmantché10 et les Yoruba