Misericordieuse Trinite - Chanoine E. Guillard
Nous fêtions l’Esprit, au jour de la Pentecôte. La lettre de saint Paul aux Romains, entendue aujourd’hui en deuxième lecture, nous précise encore que «c’est un Esprit qui fait de vous des fils; poussés par Cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant: «Abba!». Ce cri vers le Père est l’œuvre du Fils. Il s’ agit d’une intimité inouïe, propre à Jésus, le Fils unique de Dieu. Propre à Jésus, elle nous est pourtant donnée en partage, car «tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu» et qu’en revanche «celui qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas». En ayant part à son Esprit, qu’il nous envoie, nous sommes assimilés au Fils unique de Dieu, en Lui, comme Lui, nous devenons, par adoption, enfants de Dieu, héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ. C’est pourquoi la grande conclusion de nos oraisons liturgiques présente notre prière au Père, par Jésus, dans l’unité de l’Esprit. Mais cette Trinité des personnes divines, qui suppose leur distinction, ne porte nullement atteinte à son «unité toute puissante», mentionnée dans la prière d’ouverture, à son «indivisible unité», évoquée dans la prière après la communion. Nulle trace de polythéisme, de trithéisme: bien au contraire, la préface précise de manière admirable: «quand nous proclamons notre foi au Dieu éternel et véritable, nous adorons en même temps chacune des personnes, leur unique nature, leur égale majesté». Cette inséparabilité des personnes divines distinctes est telle que la théologie développe cette vérité de l’Écriture, à savoir que lorsque l’une des personnes divines vient en nous, ce sont les Trois qui y établissent leur demeure. Quelle beauté du christianisme que de nous manifester que l’ineffable mystère de la vie divine, en l’unité de son essence et la trinité de ses personnes, devient nôtre par la grâce, l’amour et la communion du Saint-Esprit. En sorte que c’est la Trinité qui vient en nous, qui demeure en nous, qui vit en nous, qui agit en nous. L’Écriture l’expose, la théologie l’explique, l’expérience le montre. Ce fut la mystique si humble du frère convers carme Laurent de la Résurrection: vivre simplement le plus continûment possible dans l’attention adorante de la présence de Dieu en soi. Ce fut encore l’émerveillement de la Bienheureuse Élisabeth de la Trinité, à la vie terrestre si courte, à la progression spirituelle si rapide, et dont la célèbre prière «O mon Dieu, Trinité que j’adore» prolongea dans le monde entier le message d’amour et de miséricorde de sa jeune aînée, sainte Thérèse de Lisieux. Dans une poésie dédiée à une postulante, la Bienheureuse Élisabeth, moins de quatre mois avant sa mort à 26 ans, écrivait ces vers: «Chère petite sœur, sais-tu bien ta richesse? As-tu jamais sondé l’abîme de l’Amour? Je viens te révéler l’immuable tendresse Qui plane sur ton âme et la nuit et le jour. Par un regard tout simple, oh, que ta foi contemple le «Mystère caché» qui s’opère en ton cœur: Voici que l’Esprit Saint te choisit pour son temple Tu ne t’appartiens plus, et c’est là ta grandeur!» Et elle ajoute, peu après: «Crois toujours à l’Amour» malgré tout ce qui passe Si Dieu semble dormir au centre de ton cœur, Ne le réveille pas, car c’est une autre grâce Qu’il te ménage encore, ô ma petite Sœur». Oui, comme nous le proclamons après la consécration des espèces eucharistiques: «Il est grand le mystère de la foi». Mais d’une grandeur humble, cachée, intime, mystérieuse: d’une grandeur simple, d’une grandeur petite.